Surpêche

4 septembre 2015Eau

Depuis le début des années 1950, la pêche industrielle a pris de l’ampleur et les bateaux, trop nombreux, peuvent pêcher jusqu’à quatre fois la capacité de renouvellement des espèces dans tous les océans. Les zones protégées ne représentent que 0.6%, laissant 99,4% des océans exploitables. La popularité des mets à base de fruits de mer, comme les sushis, les techniques de tractage et de pêche, le nombre et la grosseur des bateaux et les quotas autorisés ont mis une pression énorme sur les populations. Les quotas internationaux proposés par les scientifiques sont rarement respectés et au rythme d’exploitation actuel, ceux-ci prédisent que les réserves de poissons seront épuisées en 2048. Il ne reste que 50% des coraux et les populations de thons rouges, de requins et de morues ne comptent plus que 5% ce qu’elles étaient. La disparition des prédateurs entraîne une réaction en chaîne contribuant au déséquilibre des écosystèmes marins, entre autres, par la diminution de la biodiversité et la prolifération d’espèces invasives (algues, méduses, etc.).

Une minorité se fait des millions de dollars en décimant les espèces, en particulier les grands prédateurs, affectant environ un milliard de personnes qui vivent dans des communautés où la pêche est une tradition. Les témoignages sont nombreux, viennent de tous les horizons et sont unanimes, la pêche est beaucoup moins bonne qu’elle ne l’était et oblige les petits pêcheurs à aller plus loin en mer pour capturer des prises qui sont de moins en moins nombreuses, entrainant des coûts supplémentaires, réduisant leur profit et leur chance de survie. De plus, les prises illégales annuelles représentent 50% des poissons qui se retrouvent dans nos assiettes. Sans compter qu’il y a 7 millions de prises accidentelles (tortues, requins, raies, etc.) qui sont rejetées sans vie dans les océans chaque année, ce qui représente 10% des prises totales. Un des plus grands joueurs sur le marché, si ce n’est pas le plus grand, est un fabricant de voiture. Le conglomérat japonais Mitsubishi, ne pêche pas de poisson mais contrôle 60% des stocks de thon rouge qui sont pêchés dans l’Atlantique et la Méditerranée (route migratoire majeure). Ils sont soupçonnés de faire des réserves congelées afin de pouvoir les revendre plus cher lorsque les stocks seront épuisés.

Contrairement à la croyance générale, la pisciculture représente un paradoxe puisque les poissons d’élevage sont nourris avec d’autres poissons qui doivent être pêchés. L’élevage utilise de la farine de poissons, dont la production nécessite plus de kilos de poissons qu’il ne permet d’en produire. Par exemple, il faut 5 kilos d’anchois pour faire un kilo de saumon. Les anchois, les maquereaux et harengs sont des populations encore en bon état et ils représentent donc une alternative intéressante aux poissons d’élevage.

Les enjeux sont nombreux et complexes mais nous en savons assez pour passer à l’action dès maintenant. La prise de conscience a commencé depuis quelques années et nous avons des outils et des exemples de bonnes pratiques à notre disposition. Prendre l’habitude de s’informer auprès de sources variées de manière régulière est la première chose à faire en tant que consommateur. Il y a entre autres la certification MSC qui permet d’identifier rapidement les produits de la mer certifiés durables. Il faut par contre rester prudent parce que la certification évolue avec son renouvellement annuel et bien qu’elle soit reconnue, une réglementation plus vigoureuse est à envisager. Plusieurs organismes publient des informations sur la pêche, les techniques utilisées et les solutions possibles. Par exemple, la Liste rouge mondiale des espèces menacées et le Guide des conserves de thon écoresponsable de Greenpeace Canada.

Vous pouvez aussi vous informer sur la sorte, la provenance et les techniques de pêche utilisées auprès des restaurateurs, gérants de supermarché et poissonniers. Ces questions contribuent à faire des choix responsables, expriment un souci pour notre santé et celle de l’environnement, en plus d’avoir la capacité d’influencer les décideurs dans leurs achats futurs. Ne négligez pas l’influence que vous avez sur l’industrie en tant que consommateurs. Changer nos habitudes, arrêter, ou du moins de réduire sa consommation de poissons, est une des actions ayant un impact certain. Une alimentation variée contribue à diminuer la pression sur cette ressource et peut faire partie d’une démarche graduelle pour arrêter complètement de consommer des poissons.

L’océan est une ressource publique qui nous appartient tous et la création de réserves marines est primordiale pour permettre aux espèces de se renouveler. Faites pression sur les gouvernements pour qu’ils créent des réserves marines et que celles-ci soit bien surveillées. Incitez-les à respecter les données scientifiques et à réduire les flottes. Demandez à ce qu’ils collaborent avec les autres pays pour protéger les espèces migratoires. Les vrais changements n’opéreront que lorsque la science, la politique et les citoyens mettront des efforts communs dans des stratégies de pêche durables et de gestion des écosystèmes marins.

Share This