Les continents de plastique

Les continents de plastique

Vous avez certainement déjà entendu parler des continents de plastique!? Sûrement que ça vous désole de savoir que des quantités énormes de plastique se retrouvent dans nos océans, mais vous voyez mal ce que vous pouvez y faire? Une fois en eaux internationales, qui en est responsable? Le problème vient de tous et de partout! Que l’on habite près de la mer ou loin dans les terres, les plastiques qui se retrouvent dans la nature feront éventuellement leur chemin vers les océans. Le vent et les courants sont les véhicules. Environ 80 % des plastiques dans l’océan viennent du continent et l’autre 20 % des bateaux et des plateformes de forage[1]. Les répercussions de cette pollution sont autant environnementales, économiques que sociales.

Il y a cinq tourbillons océaniques qui forment ce qu’on appelle les continents de plastique, mais ce ne sont pas réellement des continents où l’on peut y poser le pied, c’est plutôt d’immenses soupes difficilement récupérables. Les déchets ne sont pas juste présents dans le milieu de l’océan, ils sont sur les plages, les fonds marins, dans les lacs et les rivières. On estime que 8 millions de nouveaux déchets entrent dans les océans chaque année[2]. Le problème s’aggrave puisque la salinité de l’eau, les vagues, les rayons UV, le sable et l’oxydation accélèrent la dégradation de ceux-ci et libèrent des produits chimiques. Le plastique se dégrade en des particules de plus en plus fines jusqu’à ce qu’elles deviennent microscopiques. Donc, ça veut dire que toutes les espèces sont touchées, de la plus grande à la plus petite et, si vous mangez encore du poison…euh du poisson, vous en mangez aussi! En d’autres termes, nous mangeons nos propres déchets toxiques….

 

Les plus grandes victimes de ce problème sont les moins coupables. En fait, ils ne sont pas coupables du tout, et ce sont eux qui sont pris à nager dans nos cochonneries. Le National Oceanographic and Atmospheric Administration estime que les débris tuent chaque année 100 000 mammifères marins et des millions d’oiseaux et poissons[3]. Les animaux ne connaissent pas le plastique! Pour eux, les objets dans les océans sont souvent confondus pour de la nourriture. Par exemple, les tortues prennent les sacs de plastique pour des méduses et les albatros qui se nourrissent de calmar finissent trop souvent par pêcher des briquets, des brosses à dents et autres objets semblables. La population des albatros est d’ailleurs en déclin puisque les petits meurent de déshydratation due aux débris dans leur estomac.

 

Les déchets les plus mortels pour les oiseaux, tortues et phoques sont :

  • Les équipements de pêche
  • Les sacs et ustensiles en plastique
  • Les ballons de fête
  • Les mégots de cigarette
  • Les bouchons de bouteilles

Alors, que pouvons-nous faire? Combattre le sentiment d’impuissance par l’action! Plusieurs plastiques ne se recyclent même pas (numéro 6 et sans numéro) et la moitié des produits en plastique ne sont utilisés qu’une seule fois.

 

L’ACTION LA PLUS DIRECTE QUE VOUS PUISSIEZ FAIRE EST D’ARRÊTER ET DE REFUSER D’UTILISER DES PLASTIQUES À USAGE UNIQUE!!

 

Voici une liste d’actions concrètes de ce que vous pouvez faire :

  • Commencer par vous demandez si vous en avez vraiment besoin;
  • Utiliser des pots réutilisables et acheter en vrac;
  • Choisir des produits réutilisables et éviter le suremballage;
  • Prendre des sacs réutilisables;
  • Ne pas emballer systématiquement les fruits et légumes en vrac à l’épicerie, vous allez les laver de toute façon rendu à la maison!;
  • Éliminer les bouteilles d’eau (si vous avez une peur bleue de l’eau de robinet, acheter des bonnes vieilles cruches[4] comme dans l’temps, ou un filtre genre Brita[5]!) ;
  • Assurez-vous que vos déchets et votre recyclage ne partent pas au vent ou ne se perdent dans la neige;
  • Ramasser au moins un déchet par jour que vous croisez dans la rue;
  • Choisir des exfoliants, dentifrices, gomme à mâcher, etc. qui ne contiennent pas des microbilles, donc éviter les appellations « polyéthylène » ou « polypropylène » dans les ingrédients;
  • Refuser d’utiliser des objets en styromousse et des pailles, préférer ce qui est durable;
  • Utiliser autre chose que des ballons de latex pour les fêtes d’anniversaire (vous pouvez en faire en papier mâché, c’est plus durable 🙂 ;
  • Utiliser une brosse à dent écologique[6];
  • Favoriser les jouets en bois, c’est mieux pour la santé de vos enfants en plus! ;
  • Utiliser un briquet rechargeable ou arrêter de fumer, c’est mieux pour votre santé!;
  • Pour les femmes : utiliser des serviettes hygiéniques réutilisables et ou la coupe menstruelle[7];
  • Participer aux nettoyages des berges;
  • Sensibiliser votre entourage quand vous en avez l’occasion.

Surtout, faites attention aux opérations de relations publiques menées par une organisation ou une entreprise pour masquer leurs activités polluantes et tenter de présenter un caractère écoresponsable, ceci est de l’écoblanchiment[8], mieux connu sous son anglicisme le greenwashing!!! D’ailleurs les municipalités de l’agglomération de Montréal vont interdire les sacs non biodégradables d’ici 2018[9]. Ceci semble une bonne nouvelle, mais attention, c’est de l’écoblanchiment!!! Les sacs dits biodégradables et oxo-biodégradables (sacs en plastique avec additif qui leurs permettent de se dégrader sous l’effet de la chaleur, l’oxygène ou la lumière) ne sont pas recyclables, ni compostables, ils sont même nuisibles à ces deux processus. De plus, ils ne sont réutilisables que pour une courte période puisqu’ils se dégraderont après un an. Le seul avantage de ces sacs c’est qu’ils se dégradent dans la nature et sont en quelque sorte, un peu moins dangereux pour la faune. Les sacs certifiés « compostable » sont compostables seulement dans les collectes à grande échelle (compost industriel). Pour l’instant, le taux de participation se situe entre 20 % et 40 %[10] ce qui veut dire que la plupart des sacs compostables seront envoyés à l’enfouissement où ils agiront comme des matières organiques qui se décomposent en condition d’anaérobie, produisant des biogaz et du lixiviat (Pour en savoir plus : Les types de compost). Finalement, la réduction à la source reste la meilleure solution. Sinon, favoriser les sacs réutilisables en tissus ou en matières recyclées, de préférence du Québec! Finalement, si on doit utiliser des sacs à usage unique, le plastique conventionnel reste la meilleure option, surtout que dans 50 % des cas il finit en sacs à ordures.

 

Pour plus de détails sur les différents types de sacs, je vous suggère un article sur le blogue d’Espace pour la vie : http://espacepourlavie.ca/blogue/compostable-ou-biodegradable/

 

Je ne peux pas terminer cet article sans mention du rapport The New Plastics Economy: Rethinking the future of plastics[11] qui vient de sortir dans le cadre du Forum Économique Mondial de Davos qui a eu lieu du 20 au 23 janvier 2016. Les auteurs estiment que d’ici 2050, il y aura en poids, la même quantité de poisson que de plastique, et ce, en se basant sur un scénario de conservation des stocks de poisson… (Voir mon article sur la surpêche et tirer vos propres conclusions à savoir si c’est réaliste……………). Pour l’instant c’est l’équivalent d’un camion d’ordure qui est déversé dans l’océan toutes les secondes. En 2050 ce sera l’équivalent de 4 camions à la seconde. N’attendons pas les gouvernements et les entreprises pour que les choses changent, tous ensemble nous avons beaucoup plus de pouvoir!!!

 

Surpêche

Surpêche

Depuis le début des années 1950, la pêche industrielle a pris de l’ampleur et les bateaux, trop nombreux, peuvent pêcher jusqu’à quatre fois la capacité de renouvellement des espèces dans tous les océans. Les zones protégées ne représentent que 0.6%, laissant 99,4% des océans exploitables. La popularité des mets à base de fruits de mer, comme les sushis, les techniques de tractage et de pêche, le nombre et la grosseur des bateaux et les quotas autorisés ont mis une pression énorme sur les populations. Les quotas internationaux proposés par les scientifiques sont rarement respectés et au rythme d’exploitation actuel, ceux-ci prédisent que les réserves de poissons seront épuisées en 2048. Il ne reste que 50% des coraux et les populations de thons rouges, de requins et de morues ne comptent plus que 5% ce qu’elles étaient. La disparition des prédateurs entraîne une réaction en chaîne contribuant au déséquilibre des écosystèmes marins, entre autres, par la diminution de la biodiversité et la prolifération d’espèces invasives (algues, méduses, etc.).

Une minorité se fait des millions de dollars en décimant les espèces, en particulier les grands prédateurs, affectant environ un milliard de personnes qui vivent dans des communautés où la pêche est une tradition. Les témoignages sont nombreux, viennent de tous les horizons et sont unanimes, la pêche est beaucoup moins bonne qu’elle ne l’était et oblige les petits pêcheurs à aller plus loin en mer pour capturer des prises qui sont de moins en moins nombreuses, entrainant des coûts supplémentaires, réduisant leur profit et leur chance de survie. De plus, les prises illégales annuelles représentent 50% des poissons qui se retrouvent dans nos assiettes. Sans compter qu’il y a 7 millions de prises accidentelles (tortues, requins, raies, etc.) qui sont rejetées sans vie dans les océans chaque année, ce qui représente 10% des prises totales. Un des plus grands joueurs sur le marché, si ce n’est pas le plus grand, est un fabricant de voiture. Le conglomérat japonais Mitsubishi, ne pêche pas de poisson mais contrôle 60% des stocks de thon rouge qui sont pêchés dans l’Atlantique et la Méditerranée (route migratoire majeure). Ils sont soupçonnés de faire des réserves congelées afin de pouvoir les revendre plus cher lorsque les stocks seront épuisés.

Contrairement à la croyance générale, la pisciculture représente un paradoxe puisque les poissons d’élevage sont nourris avec d’autres poissons qui doivent être pêchés. L’élevage utilise de la farine de poissons, dont la production nécessite plus de kilos de poissons qu’il ne permet d’en produire. Par exemple, il faut 5 kilos d’anchois pour faire un kilo de saumon. Les anchois, les maquereaux et harengs sont des populations encore en bon état et ils représentent donc une alternative intéressante aux poissons d’élevage.

Les enjeux sont nombreux et complexes mais nous en savons assez pour passer à l’action dès maintenant. La prise de conscience a commencé depuis quelques années et nous avons des outils et des exemples de bonnes pratiques à notre disposition. Prendre l’habitude de s’informer auprès de sources variées de manière régulière est la première chose à faire en tant que consommateur. Il y a entre autres la certification MSC qui permet d’identifier rapidement les produits de la mer certifiés durables. Il faut par contre rester prudent parce que la certification évolue avec son renouvellement annuel et bien qu’elle soit reconnue, une réglementation plus vigoureuse est à envisager. Plusieurs organismes publient des informations sur la pêche, les techniques utilisées et les solutions possibles. Par exemple, la Liste rouge mondiale des espèces menacées et le Guide des conserves de thon écoresponsable de Greenpeace Canada.

Vous pouvez aussi vous informer sur la sorte, la provenance et les techniques de pêche utilisées auprès des restaurateurs, gérants de supermarché et poissonniers. Ces questions contribuent à faire des choix responsables, expriment un souci pour notre santé et celle de l’environnement, en plus d’avoir la capacité d’influencer les décideurs dans leurs achats futurs. Ne négligez pas l’influence que vous avez sur l’industrie en tant que consommateurs. Changer nos habitudes, arrêter, ou du moins de réduire sa consommation de poissons, est une des actions ayant un impact certain. Une alimentation variée contribue à diminuer la pression sur cette ressource et peut faire partie d’une démarche graduelle pour arrêter complètement de consommer des poissons.

L’océan est une ressource publique qui nous appartient tous et la création de réserves marines est primordiale pour permettre aux espèces de se renouveler. Faites pression sur les gouvernements pour qu’ils créent des réserves marines et que celles-ci soit bien surveillées. Incitez-les à respecter les données scientifiques et à réduire les flottes. Demandez à ce qu’ils collaborent avec les autres pays pour protéger les espèces migratoires. Les vrais changements n’opéreront que lorsque la science, la politique et les citoyens mettront des efforts communs dans des stratégies de pêche durables et de gestion des écosystèmes marins.

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